Repsol, YPF, Petrobras et compagnie. L’ambassade des États-Unis. La droite de l’Orient bolivien. Tous tirent sur le gouvernement démocratique. L’ objectif : la division du pays en plusieurs état. La coordination générale est entre les mains d’obscurs fonctionnaires de l’ambassade des États-Unis en Bolivie et en Argentine. La façade est le bureau administratif de l’organisation politico-patronal Comité Pro Santa Cruz (CPSCZ), dirigé par German Antelo. Une bonne partie des fonds utilisés par ces comploteurs est fournie par les compagnies pétrolières Petrobras et Repsol-YPF. Ses groupes de choc se cachent derrière la dénomination Nación Camba. Ils font l’objet d’enquêtes de la part du ministère de la Défense, a reconnu le ministre, Walker San Miguel.
Ils veulent renverser le président pour ses qualités et non pas à cause de ses erreurs. La conspiration a été décidée ce fameux 1er mai, lorsque le gouvernement élu par une majorité stupéfiante, décida de mettre en branle le processus de récupération souveraine de ses hydrocarbures, respectant ainsi ses engagements électoraux et satisfaisant une des demandes stratégiques les plus importantes pour le peuple.
Cette escalade débuta lorsque les législateurs du parti Podemos du politicien de droite et ex-candidat à la présidence Jorge « Tuto » Quiroga, provoquèrent l’interpellation du ministre des Hydrocarbures, Andres Soliz Rada. Les conspirateurs comptaient avec l’appui des multinationales Petrobras et Repsol-YPF.
Des consultants de ces corporations se sont réunis cette semaine à Buenos Aires avec des émissaires du CPSCZ, sous le regard bienveillant de la diplomatie américaine, pour mettre au point les derniers préparatifs à la journée de déstabilisation qui eut lieu le vendredi 8 septembre à Santa Cruz de la Sierra, Tarija, Pando et Beni, départements où sont concentrées les richesses énergétiques et autres ressources naturelles du pays, et à partir desquels est dirigée l’Operación Camba (voir carte Nación Camba).
La réunion de Buenos Aires et la participation active des deuxcompagnies pétrolières dans les tentatives de renversement du gouvernement d’Evo Morales et de modification de la carte politique bolivienne – de façon à ce qu’elle s’accorde avec la stratégie régionale des Etats-Unis, qui cherchent à s’assurer le contrôle des grands gisements de ressources productives – fut confirmée à APM par des sources diplomatiques sud-américaines.
Dans des déclarations à différentes agences internationales d’information, diffusées les semaines précédentes, un des chefs du complot, German Antelo, qualifia le gouvernement constitutionnel de « dictature totalitaire » et admit que ses forces sont prêtes à tout « pour faire sauter le gouvernement. »
De son côté, le préfet de Santa Cruz, Ruben Costas, déclara qu’« il existe deux pays, la Bolivie productive, en croissance et démocratique – la région orientale – et l’autre (l’Altiplano), exclusive, totalitaire et radicale. »
Mardi 5 septembre, le journal argentin de tendance ultra-droitière, La Nación, joua le rôle de porte-parole du CPSCZ, lorsqu’il publia l’entrevue avec un des représentants dudit Comité, Daniel Castro, qui admit le caractère séparatiste de la conspiration. « Si le gouvernement national viole la Constitution et dans l’éventualité où il agirait au-dessus des lois alors, oui, nous pourrions décider de nous séparer. »

Le piège discursif est tendu. Les conspirateurs appellent « violation de la Constitution » tout ce qui non seulement signifie une exécution rigoureuse de la norme suprême de la part du gouvernement, mais aussi ce qui est conciliable avec le champ théorique juridique du système constitutionnel, tel qu’on peut le déduire de n’importe quel texte de droit spécialisé, de n’importe quelle université de ce qu’on appelle le monde démocratique. L’Assemblée constituante siège à Sucre de façon légitime, a usé de ses droits et a, donc, assumé les responsabilités qui lui a imposées le droit moderne : être souveraine.
L’approbation d’un système de votation selon lequel, pour pouvoir réformer la Constitution l’on requiert une majorité de 50% plus un vote, a été obtenue par une démarche d’une légalité absolue. L’Assemblée est en train, tout à la fois, de remplir ses obligations et d’exercer ses droits.
C’est cette décision légale que la droite conspiratrice appelle « violation de la Constitution » (elle demande une approbation par les deux tiers), ce qui démontre qu’une telle accusation n’a qu’un objectif : justifier l’escalade des comploteurs et la sécession du riche Orient bolivien, pour créer une espèce de République pétrolière, du gaz et de la monoculture, sous la tutelle des grandes corporations.
Avocats, politiciens et économistes de la Bolivie, du Brésil et de l’Argentine, partisans des dictatures militaires des années 70 et étroitement liés aux gouvernements néo-libéraux qui ont régi ces trois pays pendant les années 90, se sont réunis de façon plus ou moins discrète dans l’un des hôtels les plus élégants de Buenos Aires, selon les sources mentionnées plus haut.
Objectif de ces réunions ? Conseiller les forces séditieuses et séparatistes au sujet des engrenages légaux et bureaucratiques qu’il leur faudra mettre en marche dans l’éventualité du succès de l’Opération Camba, qui séparerait les départements de l’Orient de l’Etat bolivien.
Les appétences des corporations pétrolières en Bolivie sont anciennes et bien connues et, bien sûr, elles comptent avec l’appui direct des secteurs vernaculaires associés à leurs intérêts et avec le « manteau protecteur » des États-Unis.
Pour signaler un fait parmi tant d’autres sur lesquels se base la conspiration contre le gouvernement de Evo Morales, il suffit de citer quelques paragraphes d’un ouvrage révélateur : La recolonisation, Repsol en Amérique Latine : invasion et résistances, de Marc Gavalda, licencié de l’Université autonome de Barcelone (Editions Icaria, Barcelone 2004).
« Une fois localisées les réserves de gaz les plus importantes du continent, apparaissent sur scène une série de nouveaux projets pharaoniques dans lesquels Repsol-YPF est totalement engagée et dont la réalisation (entravée par les politiques de Evo Morales) lui apporteraient, donc, des bénéfices astronomiques. Il s’agit de la construction de gazoducs pour faciliter l’exportation des énormes réserves qu’il possède dans le sud du pays (terrains de San Alberto, San Antonio et Margarita) aux marchés du Brésil, du Mexique et des États-Unis. », dit le livre cité ci-dessus.
De la même façon, l’ouvrage de Gavalda rappelle que les gazoducs requis pour cette opération traverseront les territoires de Tarija, Chuquisaca et Santa Cruz, et qu’y sont aussi engagées les entreprises Petrobras, Total et Andina (Repsol-YPF).
Dans l’exploitation des gisements de Margarita participent aussi la British Petroleum, Total et British Gas, associées avec Repsol-YPF dans le Consortium Pacific LNG.
Dans ce cas, le trading consiste dans la construction de thermoélectriques aux Etats-Unis pour y amener le gaz bolivien par bateau, par le Pacifique. L’auteur fait ressortir aussi que « l’idée réside dans la construction d’un gazoduc vers le Pacifique, où l’on liquéfierait le gaz naturel pour, ensuite, l’envoyer vers le port de Tijuana, au Mexique. Les expectatives pour 2007 sont d’initier l’exportation de 28 millions de mètres cubiques par jour, pour l’augmenter plus tard à 42 millions ».
Le Pérou et le Chili ont offert leurs ports pour y installer l’usine de liquéfaction de gaz et à partir desquels partiraient les bateaux citernes vers le Mexique. Cette donnée expliquerait aussi pourquoi les corporations pétrolières et les États-Unis appuient le Chili dans sa politique obstinée envers la Bolivie, en refusant de satisfaire sa légitime demande d’un accès souverain à l’océan Pacifique.
« La consolidation de ce méga-projet permettrait aux États-Unis de continuer de dépenser de l’énergie sans compter. Repsol-YPF et ses associés empocheraient des millions de dollars et les Boliviens cuisineraient encore au bois car le gaz naturel serait réservé pour les grandes exportations », conclut Gavalda.
Tous ces motifs sont plus que suffisants pour comprendre pourquoi la droite bolivienne et leurs complices de toutes sortes veulent en finir avec le gouvernement de Evo Morales et avec la Bolivie.
* APM. Agencia Periodística del Mercosur (Universidad de la Plata, Argentina).
